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31/07/2014

Qui est contre la destruction des "quartiers précaires" d'Abidjan ?


Abidjan et ses bidonvilles, les quariers précaires d'Abidjan, les bidonvilles d'abidjan, Ouattara et la vie quotidienne des Ivoiriens.

La question s'adresse à chacun de nous. Soyons francs : qui peut raisonnablement s'insurger contre la volonté du gouvernement de faire disparaître les prétendus « quartiers précaires » des quartiers d'Abidjan ? Soyons honnêtes : qui ne trouve pas inadmissible l'occupation anarchique des espaces libres de la ville d'Abidjan, parce que se faisant au mépris des règles de la propriété privée ou publique ? Pour aller plus loin, permettez-moi de vous poser cette dernière question : qui est aujourd'hui capable de proposer à ce gouvernement une meilleure solution à l’éradication des « quartiers sauvages » dans la capitale ?

Pour être franc, je vous dirai que nous devons nous réjouir que ce soit ce gouvernement qui initie la lutte contre ce fléau qui empoisonne la vie de chacun, ternit l'image de la ville d'Abidjan et compromet l'avenir de la Côte d'Ivoire. A défaut de le remercier, disons donc que nous devons approuver le premier acte de reconstruction ou d'assainissement digne de ce nom qu’il entreprend. Y parviendra-t-il ? L’avenir nous le dira.

A quelque chose, malheur est bon ! Pour comprendre ce sentiment, réfléchissons un peu. A qui ou à quoi devons-nous la prolifération de ces constructions sauvages devenues de véritables villages dans la ville ? Je vais vous le dire : à l’irruption de la politique « ethniciste » du RDR dans le paysage ivoirien ; aux partisans de ce parti qui – dès qu’une décision prise touche un groupe comptant une personne issue du Nord – criaient sur tous les toits que le Sud est contre les gens du Nord. N'avez-vous pas remarqué que l’édification de ces « quartiers précaires » s'est amplifiée à partir de 2002 ? Avant les années 90, on ne connaissait que de simples abris, par groupes de quatre ou cinq, vite détruits quand des maisons aux normes officielles devaient occuper le terrain.

Avec la séparation de la Côte d'Ivoire en deux, conformément à la carte « ethniciste » des nordistes – qui avaient annexé par la même occasion le pays baoulé et une bonne partie de l'ouest – les populations de la zone tombée entre les mains de la rébellion ont été très nombreuses à gagner le sud. Abidjan, Bassam et Bonoua – pour ne citer que les villes que je connais bien – ont vu leur population exagérément gonflée en très peu de temps. Les sauveurs du Nord s'étaient vite révélé des pilleurs et des affameurs du peuple qu'il fallait fuir.

Aujourd'hui que nos anciens rebelles ont obtenu la gestion de la République entière sur un plateau d'argent – alors qu'ils ont été incapables de gérer la moitié du pays – si le désir leur prend de régler un problème qu'ils ont crée, laissons-les faire. Ce travail de déguerpissement des espaces privés et publics illégalement occupés leur revient, puisqu’ils l’ont provoqué.

Je vous avais déjà dit en d'autres circonstances que n'importe quel pouvoir devant gérer la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui serait contraint de procéder à des politiques violentes contre les maux de notre pays qui sont nombreux, excessifs même. Cette politique violente – qui ne doit pas forcément signifier violence sur les personnes – doit également s'appliquer dans les forêts et les villages illégalement occupés de l'ouest du pays. Que ceux qui disent regretter Laurent Gbagbo cherchent ailleurs le faiseur de miracles de leurs rêves.

La seule grande erreur de ce pouvoir dans le traitement de ce problème est de ne jamais avoir imaginé un encadrement de la population touchée par les destructions de ces villages sauvages. Qu'a-t-il fait pour développer le Nord au nom duquel il a pris le pouvoir ? Qu'a-t-il fait pour le Nord pour lequel il a mis en place une politique de préférence ethnique dénommée « rattrapage ethnique » pour bien signifier que le Nord doit se hisser au même niveau que le Sud ?

Les populations issues du Nord vivent, construisent, meurent et sont enterrés dans le Sud parce que malheureusement pour tous nos bonimenteurs érigés en justiciers, la rébellion était un trafic - comme ils l'ont montré quand ils régnaient dans le Nord - la zone sud, une proie ; le peuple ivoirien, un instrument ; la Liberté, l'indépendance et l'impunité du crime. Laissons-les donc accomplir cette tâche que n'importe quel pouvoir serait contraint de faire. Aucun parti d'opposition ne doit s'aventurer à en faire un fonds de commerce politique ou électoral.

Raphaël ADJOBI