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20/05/2013

Mamadou Koulibaly, l'opposant toléré


Que veut Mamadou Koulibaly, La dictature en Côte d'Ivoire, Mamadou Koulibaly est-il encore un espoir ? L'union de l'opposition ivoirienne  Depuis l'installation d'Alassane Ouattara à la tête de la Côte d'Ivoire, le seul homme politique ne faisant pas partie de son équipe qui n'a jamais souffert de représailles est indiscutablement Mamadou Koulibaly. Ses voyages, ses prises de parole, ses projets politiques ne suscitent ni inquiétude ni indignation. Est-il victime du dédain de Ouattara ou l'opposant que celui-ci tolère pour faire croire aux Européens que la démocratie existe sous son règne ?

Plus que tous les autres hommes politiques ivoiriens se réclamant de l'opposition, Mamadou Koulibaly est celui qui a largement profité de son patronyme nordiste comme un passeport d'intouchable. D'autre part, en regardant son action sous le régime actuel, on constate qu'il a toujours pris soin de ne l'attaquer que dans ses projets économiques de grande envergure, rarement dans ses actions politiques écoeurantes qui indignent une grande majorité des Ivoiriens. Comme récompense de sa molle opposition qui néglige les crimes, les exactions contre les populations et les emprisonnements arbitraires, Ouattara lui pardonne tout. Nous sommes tentés de lui demander : « Koul, es-tu encore des nôtres ? » Avec Ouattara, celui qui ne prend pas la défense de Laurent Gbagbo n'est pas un ennemi. Et Mamadou Koulibaly prend soin de ne jamais défendre Laurent Gbagbo et les Ivoiriens qui lui sont restés fidèles s'exposant ainsi aux représailles de toutes sortes. Mais que représente-t-il vraiment dans le paysage politique ivoirien ?

Depuis l'échec cuisant de son parti créé pour tracer un chemin loin du FPI, de Laurent Gbagbo et des souffrances qu'endurent les Ivoiriens, Mamadou Koulibaly ne disserte que via les médias et les conférences à l'étranger. Si sa liberté de parole le fait apparaître comme l'unique opposant à Alassane Ouattara, l'homme demeure étonnamment seul : son parti (Lider) est une coquille vide de représentants du peuple et ses déplacements à l'intérieur du pays n'intéressent plus personne. Il n'y a, répétons-le, que les médias ivoiriens qui s'appliquent à lui fabriquer un peu de notoriété. A l'allure où vont les choses, notre homme ne sera plus qu'une photo de magazine à défaut d'être un homme du peuple.

La crise au sein de la coalition PDCI-RDR, née des querelles qui ont accompagné les fraudes lors des dernières élections, laisse espérer une nouvelle distribution des forces sur l'échiquier politique du pays. Si toutefois la France n'intervient pas pour demander à Henri Konan Bédié - l'éternel dupé - de calmer ses amis afin que son œuvre se poursuive en Côte d'Ivoire sous la houlette de Ouattara, la jeunesse du PDCI pourrait demain devenir l'arbitre des élections présidentielles. S'il n'y a plus de coalition PDCI-RDR, non seulement le gouvernement devient bancal, mais encore Ouattara ne peut espérer garder le pouvoir que par les tueries de ses FRCI. Ce qui pourrait un jour finir par exaspérer ses amis français.

L'avenir pourrait donc être plus clair pour tous les partis politiques et aussi pour tous les Ivoiriens qui ne savent plus où ils en sont et où va le pays. Quelles sont véritablement, aujourd’hui, les forces en présence sur le champ politique ivoirien ? D'un côté, nous avons la coalition PDCI-RDR au pouvoir et leurs élus à l'assemblée et dans les localités du pays. De l'autre – en face de cette coalition – c’est le vide absolu : le Lider de Mamadou Koulibali n'a pas d'assise nationale puisqu'il n'a aucun élu à l'Assemblée ; en l'absence de règles démocratiques claires, face à la violence dans les régions qui échappent à l'autorité de l'état, et devant le manque de volonté de résoudre le problème des emprisonnements arbitraires des politiques ainsi que la restitution des terres aux exilés, le FPI s'est abstenu de toute élection. En d'autres termes, il n'y a pas d'opposition politique réelle en Côte d'Ivoire. Tous ceux qui se disent dans l'opposition ne bénéficient pas d'un cadre où ils peuvent débattre avec la coalition PDCI-RDR et faire entendre leur voix ou rejeter tel ou tel projet du pouvoir en place. En l'absence d'élus n'appartenant pas aux partis au pouvoir – ce qui rend le débat contradictoire impossible dans le cadre de l’Assemblée – on peut affirmer qu'il n'y a ni opposition ni démocratie en Côte d'Ivoire.

Que reste-t-il à faire à Koulibaly, au FPI et aux jeunes du PDCI qui estiment le divorce avec leur allié RDR - reconnu comme le diable - sérieusement engagé ? Il leur faudra, avant toute chose, se mettre d'accord sur les préalables à exiger d'Alassane Ouattara et de la France pour qu’une vie politique vraie s’installe dans le pays. En effet, il ne faut pas oublier le rôle de la France, parce que c'est d'elle que Ouattara tient son pouvoir ; et c'est elle qui lui donne le sentiment que rien ne peut lui arriver s'il fait ce qu'elle veut. Que Mamadou Koulibaly, le FPI et les jeunes du PDCI soumettent donc à Ouattara et à la France des exigences communes sans la satisfaction desquelles ils pourraient déclarer la faillite de la vie politique en Côte d'Ivoire et l'isolement définitif de Ouattara. Peut-on croire dans ce pays qu'il est possible - tout en gardant sa chapelle - d'aboutir à des revendications essentielles pouvant sauver la Côte d'Ivoire ?

Pour que le destin du pays entre enfin dans une période d’éclaircie, Mamadou Koulibaly doit cesser de jouer le solitaire au-dessus des problèmes des Ivoiriens et des autres partis, surtout le FPI. Ne voit-il pas qu’en restant fidèles à leurs convictions, les leaders de ce parti, qui apparaissaient hier comme des entêtés incapables d’évoluer, sortent grandis de deux ans de refus de la dictature ouattariste ? Aujourd’hui où tout le monde reconnaît que l’on ne peut rien espérer du RDR, que le diable n’est pas à La Haye mais sur le siège présidentiel, Mamadou Koulibaly doit avoir le courage et la sagesse de leur donner raison et se rapprocher d’eux. Ses dernières déclarations qui semblent aller dans le bon sens - même si elles arrivent un peu tard - doivent l'encourager à franchir le pas du contact franc et permanent avec ceux qui se sont désolidarisés du pouvoir et ceux qui envisagent de le faire. Il doit cesser de nous laisser penser qu'il est plus proche de Ouattara que de Laurent Gbagbo ou encore qu'il a la certitude de conquérir la présidence de la république en méprisant la main tendue de la veuve et de l'orphelin, parce que lui suffit la notoriété que lui confèrent les médias ivoiriens.

Raphaël ADJOBI