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30/11/2014

Quel est le vrai visage de la Francophonie ?

La Francophonie à Dakar, Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie, Qui succède à Abdou Diouf ? A quoi ser la Francophonie ?


Le XVe sommet de la Francophonie vient de se tenir à Dakar les 29 et 30 novembre 2014 dans une ambiance de franche fraternité, selon les discours officiels relayés par les médias. Mais quelle est la réalité de l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui convoque un sommet tous les deux ans et dont l'intérêt semble se limiter à l'élection de son secrétaire général. La vacuité des reportages des médias - avant et après la désignation de la canadienne Michaëlle Jean pour succéder à Abdou Diouf à ce poste - nous oblige à une brève analyse du visage de l'espace géographique francophone.

A l'image du Commonwealth, la Francophonie est un espace ouvert au-delà de la langue commune dont la défense est le moteur de sa création. Mais alors que le Commonwealth est un organisme établissant un système de libre-échange entre les Etats membres avec des règles précises dans le domaine de l'économie, la Francophonie semble privilégier la promotion de la langue française.

On constate que les deux organismes ont en commun la volonté de recruter leurs membres au-delà des territoires ayant pour langue officielle l'anglais ou le français. Ainsi, l'espace francophone compte 57 pays membres et 20 pays observateurs ; soit 274 millions de locuteurs mais 212 millions d'usagers quotidiens de la langue française. Si le Commonwealth recrute sans cesse de nouveaux pays membres - surtout en Afrique francophone - la Francophonie tente de son côté de séduire les populations anglophones, lusophones et hispanophones.

Mais quand on étudie la politique de l'élargissement de la sphère linguistique de la langue française, on découvre que la Francophonie n'apporte absolument rien de concret à ses membres - mise à part la France - sur le plan économique ou politique. Oui, mis à part le rayonnement de la langue française et le rôle de tuteur des pays africains francophones que cet organisme permet à la France de jouer à l'ONU, la grande majorité de l'espace géographique de la Francophonie n'est qu'une mer de désolation.

Aujourd'hui, à travers le monde, des anciennes colonies anglaises, portugaises et espagnoles sont en passe de devenir des puissances mondiales ou des pays économiquement forts. Par contre, les anciennes colonies françaises occupent toutes les derniers rangs du développement ; c'est-à-dire qu'elles sont la lie de la pauvreté mondiale. La Francophonie n'est donc rien d'autre qu'un champ de misère.

Cet état de fait s'explique aisément. D'abord, en matière de sécurité, la trop grande présence militaire de la France en Afrique - qui compte le plus grand nombre de pays francophones - apparaît constamment comme les sabots d'un géant dans une fourmilière. La Ve république compte déjà en Afrique une cinquantaine d'interventions militaires depuis 1960 ; soit en moyenne une intervention militaire par an. Si la France s'en vante et qualifie ses actions d'humanitaires, qu'elle sache une fois pour toutes le regard que les Africains portent sur elle : un camarade turbulent et gênant parce qu'il empêche toute vie harmonieuse ! En effet, la France ressemble à l'élève qui, dans une cour de récréation, est mêlé à tous les conflits répertoriés dans l'établissement. Elle est à l'image de celui que l'on retrouve dans toutes les querelles ayant lieu entre des élèves de n'importe quel niveau de classe ; elle est l'élément absolument suspect qu'il convient de renvoyer ou de mettre à l'isolement.

Il suffit ensuite de jeter un regard sur la situation économique et sanitaire des pays francophones pour se rendre compte à quel point leur état est déplorable. On tente souvent de cacher leur misère en vantant les chiffres des produits vendus. Mais quand on regarde l'état des vendeurs africains, on se rend bien compte qu'ils sont incapables de se soigner, d'habiter des maisons correctes, de scolariser leurs enfants ; on se rend compte qu'ils ne sont rien d'autres que des esclaves à domicile : condamnés à produire pour le maître français et à consommer ce que ce dernier leur a appris à consommer. Et malheur à ceux qui oseront choisir une autre option de vie ! Un coup d'Etat est vite arrivé dans ces contrées sauvages.

La Francophonie pourrait être un excellent "rendez-vous du donner et du recevoir", à condition qu'il n'y ait ni maître ni élève devant faire allégeance. Une communauté ayant en partage la langue française pourrait être un harmonieux espace de développement si la France ne décidait pas toute seule et si les pays africains n'étaient pas condamnés à obéir. La Francophonie pourrait être un véhicule d'émancipation et d'équilibre entre les Etats si elle était capable, tous les deux ans, de dire les défis relevés. Au Burkina, seulement 650 000 personnes parlent la langue française (5%) sur une population de près de 14 millions ; au Niger, ils sont 1 260 000 sur une population de 14 millions (9%) ; au Mali, en Mauritanie, à Madagascar et dans d'autres pays francophones d'Afrique, de nombreux scores ne dépassent pas les 20%. Il faudra sans doute commencer par la promotion de l'instruction des populations pour qu'elles comprennent les bienfaits qu'elles peuvent tirer du français pour leur liberté sociale, économique et politique. Est-ce cela que l'on veut éviter ?

Une chose est sûre : pendant que les gouvernants font la fête, les peuples africains boudent plus que jamais la France. Partout, ils la regardent comme l'épine douloureuse plantée dans leur pied et qui les oblige à avancer en boitant.

Raphaël ADJOBI