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30/05/2011

Côte d'Ivoire : Mamadou Koulibaly abandonnerait-il la veuve et l'orphelin ?

Dans un entretien accordé récemment au Journal ivoirien Fraternité Matin (voir le blog de Théophile Kouamouo), le Président de l'Assemblée Nationale, Mamadou Koulibaly, a joint sa voix aux membres du nouveau pouvoir pour appeler à la réconciliation. Parler ainsi prématurément de réconciliation m'étonne beaucoup ; surtout quand ces paroles viennent d'une éminente personnalité du Front Populaire Ivoirien (F.P.I).

Je trouve en effet indécent de parler de réconciliation alors qu'une partie de la population vit quotidiennement l'animosité et la violence des partisans armés du pouvoir installé par la France. Comment peut-on ouvertement parler de réconciliation dans une telle atmosphère ? En emboitant le pas au nouveau pouvoir, Mamadou Koulibaly me semble s'éloigner des sentiments profonds de ses compatriotes que les Forces Rebelles de la Côte d'Ivoire piétinent allègrement.

Comme pour les élections organisées alors que les conditions d'une administration démocratique n'étaient pas réunies, il veut construire la paix sur les braises de la guerre et du règne de la violence des hommes du nouveau pouvoir. Avant d'appeler à la réconciliation, il faut que les maîtres des chiens en folie qui sèment la terreur les appellent à se retirer dans leur niche. Ensuite, que tout le monde laisse les affligés pleurer leurs morts. Enfin, on ne pourra parler de réconciliation qu'avec la reconnaissance officielle du pouvoir et de ses partisans des crimes qui ne sont pas le fait d'une confrontation militaire. Oui, comme on ne peut se permettre de tourner une page de l'histoire de notre vie sans l'avoir lue, ils faut que les rebelles et leurs différentes cellules comme les Dozos reconnaissent ces crimes perpétrés contre les civils dans les régions que l'on sait et contre les autorités politiques et administratives à l'Hôtel du Golf ou Q.G d'Alassane Ouattara. En attendant que ces conditions soient réunies, je peux affirmer que Mamadou Koulibaly se trompe quand il affirme que déjà « les esprits se tournent vers l'avenir et la réconciliation ».

On note également dans cet entretien que le Président de l'Assemblée Nationale évoque sa « contribution à l'ancrage de la démocratie en Côte d'Ivoire ». Pour lui, faire du FPI un contre-pouvoir est « le moyen de contrôle le plus efficace entre les échéances électorales dans un modèle démocratique ».

Ce projet est assurément noble mais suscite des interrogations. Mamadou Koulibaly croit-il la démocratie et le respect des institutions possibles quand les hommes au pouvoir ont donné la preuve que ces considérations sont loin de leurs préoccupations ? A qui veut-il faire croire que demain les rebelles et la France céderont le pouvoir à un président déclaré élu par le Conseil Constitutionnel qui ne serait pas celui choisi par la France ? Qui nous dit que demain la parole de la France ne passera pas avant les institutions ivoiriennes ? Mamadou Koulibaly me semble militer pour un habillage démocratique d'un régime de terreur et d'un pouvoir confisqué par la France qui a affirmé publiquement par la voix de son président qu'elle sera toujours présente en Côte d'Ivoire. Bientôt Mamadou Koulibaly nous fera croire que la France ne met pas son grain de sel dans la manière dont le nouveau pouvoir gère les affaires du pays. Et pourtant, le fait que les Forces Rebelles de Côte d'Ivoire aient reconnu publiquement qu'ils gèreront la sécurité du pays avec l'aide de l'armée française, parce que ne pouvant pas faire confiance à tous ses éléments, est une preuve convaincante du contrôle des affaires publiques ivoiriennes par la France.

J'ai beaucoup d'estime pour Mamaoudou koulibaly. Je l'ai toujours considéré comme un espoir de la Côte d'Ivoire. Qu'il ne nous enlève pas ce mince espoir que nous avons placé en lui en courbant l'échine de manière trop visible.

Raphaël ADJOBI