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09/05/2013

Après l'incendie du camp de refugiés d'Avepozo : l'Afrique aurait-elle perdu son humanité au Togo ?


Avepozo, Refugiés ivoiriens au Togo, les Africains sont-ils encore humains ? Incendie d'Avepozo Maintenant que les cris d'horreur et d'étonnement ont fait place à une profonde indignation, penchons-nous sérieusement sur l'attaque et l'incendie du camp de refugiés ivoiriens d'Avepozo par l'armée togolaise. Pour bien comprendre à quelle Afrique nous sommes parvenus, il importe - en se fiant aux faits - que chacun se pose des questions sur les sentiments que les Noirs d'Afrique nourrissent les uns à l'égard des autres au-delà des frontières nationales.

Aucun Africain n'ignore l'intensité du drame qui a frappé la Côte d'Ivoire suite aux élections de 2010. Aucun Africain n'ignore comment un président déclaré élu par la constitution de son pays a été remplacé par celui que la France et l'ONU avaient choisi. Aucun Africain n'ignore la chasse à l'homme déclarée par Alassane Ouattara - puisque c'est de lui qu'il s'agit - contre tous ceux qu'il juge partisan de celui qu'il a destiné aux geôles de l'Europe. Enfin, personne n'ignore les massacres de Douékoué , ceux du camp de refugiés de Nahibly et l'occupation des terres de l'ouest par les Burkinabés en récompense de leur contribution à la guerre contre Laurent Gbagbo ; trois faits qui sont à l'origine de l'exil de milliers d'Ivoiriens au Ghana, au Libéria et au Togo.

En partant de cette idée que nous n'ignorons pas cette actualité et plus particulièrement l'état d'exilé d'un grand nombre de personnes, nous pouvons nous demander ce qui explique ou justifie l'incendie du camp d'Avepozo et la violence exercée par les forces militaires togolaises à l'encontre des refugiés ivoiriens. Représentaient-ils une menace pour les populations togolaises ? Menaçaient-ils l'emploi ou la sécurité des togolais ? Ce camp de refugiés était-il devenu un lieu de trafic de quelque produit illicite à une échelle telle que seuls le feu et la violence physique sont capables d'éradiquer le mal ? Il serait bon que les gouvernants togolais s'expriment sur l'événement en prenant en compte le sentiment d'étonnement des Africains. Je dis bien le sentiment d'étonnement des Africains et non pas seulement celui des Ivoiriens.

Pour l'heure, tous les observateurs attentifs s'en tiennent à une seule réalité des faits : les refugiés ivoiriens dans le camp officiel du UNHCR - et donc pas un camp clandestin - n'ont commis d'autre crime que de dénoncer la privation de nourriture et de soin dont ils étaient frappés. Tout être intelligent sait très bien que dénoncer un état de privation signifie simplement réclamer de la nourriture et des soins. Ce cri de détresse méritait-il une telle violence comme réponse ? Il serait bon, il serait digne de la part des autorités togolaises de ne pas rester muettes sur un tel acte frappant une population étrangère reconnue officiellement sur son sol par une institution des Nations Unies. Oui, messieurs les gouvernants togolais, vous avez le devoir de parler pour la dignité de l'Afrique que nous réclamons de tous nos voeux. Ne demeurez pas dans le silence qui ferait croire à une éternelle faiblesse de l'homme noir devant les faits politiques majeurs. Personne ne peut se contenter de l'idée que les refugiés ont revêtu l'uniforme de l'armée togolaise pour ensuite mettre le feu aux tentes et aux cabanes avant de se flageller. Rompez avec l'habitude de vous murer dans le silence inhumain qui n'est rien qu'une fuite des responsabilités pour un état.

On peut par ailleurs constater que malgré la gravité de l'événement, aucune organisation africaine émanant de la société civile n'a daigné interpeller le gouvernement togolais. Certes, nous savons tous que la plus grande et la plus illustre organisation africaine qu'est l'U.A. est devenue un organe politique fantôme dont aucun peuple africain ne peut tirer quelque bénéfice dans une situation moralement dramatique ou matériellement catastrophique. Mais force est de constater qu'au sein des nations africaines, l'absence d'organisations civiles capables d'interpeller les autorités nationales ou internationales sur des faits touchant une catégorie sociale est une carence inadmissible. Cela aboutit forcément à une indifférence générale à l'égard des malheurs d'autrui. On est tenté de crier : Afrique, où est ta légendaire humanité ?

De toute évidence, l'incendie du camp d'Avepozo et la violence subie par des refugiés Ivoiriens posent la question de l'hospitalité et de l'humanité africaines en cas de drame nécessitant un asile sûr. Dans presque toutes les sociétés africaines, il est de coutume que celui qui fuit un lynchage, quel que soit la gravité de son forfait, s'il réussit à se refugier aux pieds d'un vieil homme - donc dans le sein d'une autorité - bénéficie automatiquement de la protection officielle des sages de la localité jusqu'à l'heure de son jugement. Jamais, au grand jamais, celui dont le fugitif a embrassé les pieds en signe de demande de refuge ne le livre à la vindicte populaire. L'incendie d'Avepozo est donc une désacralisation de l'hospitalité et surtout de l'humanité africaine. Ce qui constitue une raison supplémentaire pour exiger des autorités togolaises des explications officielles. C'est également une raison supplémentaire pour les organisations de la société civile togolaise - si elles existent - de demander des comptes à leurs autorités. On devrait même en pareille circonstance entendre les voix des élus du peuple togolais.

Cette relation pacifique entre les organisations de la société civile et les gouvernants d'une part, et celle entre les élus et le pouvoir exécutif d'autre part devrait permettre aux sociétés africaines d'aller vers plus de justice et plus d'humanité en cas de drame humain. Il n'est pas bon, disons-le sincèrement, il n'est pas bon que dans les pays africains, quiconque prend la parole et interroge les gouvernants apparaisse à leurs yeux comme un adversaire ou un ennemi qui ne cherche qu'à prendre leur place. Non seulement une attitude aussi puérile n'honore pas l'Afrique mais elle est le frein essentiel à l'émergence des idées, de la réflexion et de l'évolution des mentalités.

Raphaël ADJOBI